samedi 3 avril 2010

Réflexion sur l'utilisation des nouvelles technologies dans les mises en scène

Pourquoi utiliser de la vidéo ou des micros pour une mise en scène de théâtre ? C’est une pratique qui se développe et qui est de plus en plus répandue. D’après Cyril Teste, metteur en scène du Collectif MxM, « Cette utilisation est générationnelle : les images font intrinsèquement partie du monde dans lequel nous sommes nés et avons grandi. Le théâtre doit rendre compte de l’humain et de son environnement et le nôtre est indissociable des images. »[1]

C’est donc pour lui une simple adaptation des artistes aux évolutions de la société, et il est facile de le croire lorsque l’on constate l’augmentation croissante du taux d’équipement en ordinateurs, téléphones portables aux nombreuses fonctionnalités, et autres bijoux de technologie. Mais la relation homme/technologies est souvent interrogée et remise en cause à travers l’usage même de ces nouveaux outils que sont la vidéo, le traitement du son avec l’utilisation de micros,… comme dans Electronic City de Falk Richter, mis en scène par Cyril Teste[2], où l’auteur décrit un monde saturé d’images et de gadgets.


C’est donc dans une démarche de recherche à la fois purement théâtrale sur des techniques et des outils de mises en scène que les artistes de théâtre font appel aux nouvelles technologies, mais également dans une démarche de recherche sur l’homme lui-même dans sa relation quotidienne à ces technologies. C’est en tous cas ce que soutient Franck Bauchard[3] : « Les artistes utilisant les nouvelles technologies se gardent de s'inscrire dans des logiques de rupture pour défendre une attitude expérimentaliste qui tend à détourner, à recomposer, à distordre les syntaxes et les langages acceptés comme tels. »[4] Par ailleurs, cette opinion peut être mise en parallèle avec le travail du Collectif MxM qui met en place régulièrement des « laboratoires » qui « sont une invitation permanente à questionner les nouveaux outils dont nous nous sommes emparés, une réflexion en acte sur les matériaux textuels à visiter ou à réinventer »[5].

Les nouvelles technologies sont donc bien des outils à l’enrichissement de la création théâtrale pour certains artistes qui voient dans leur utilisation une bonne façon de parler de et à l’homme d’aujourd’hui. Attention tout de même à certains écueils faciles dans l'emploi de ces outils qui pourraient n’être que gadgets supplémentaires à une mise en scène plus « traditionnelle » : « L'utilisation des nouvelles technologies doit toujours être dramaturgiquement fondée si on ne veut pas en rester aux effets spéciaux et à la stimulation sensorielle prise comme une fin en soi. »[6]

L’intérêt de l’utilisation des nouvelles technologies dans la mise en scène semble donc être de représenter une réelle valeur ajoutée : « Notre principe est de les dissoudre dans le spectacle, de les effacer au profit du plateau. Le temps du théâtre est du temps réel. Le temps de l’image est tout autre. Or nous cherchons à amener le temps de la vidéo au temps du théâtre […]. C’est en ce sens qu’il faut […] considérer la vidéo comme un outil complémentaire de tous les autres dont les effets puissent s’intégrer à l’ensemble du spectacle. »[7] Cette valeur ajoutée peut être de deux natures : valeur ajoutée en terme de création d’espace, d’ouverture de l’espace théâtre, ou bien en terme de point de vue offert au spectateur et de création d’une nouvelle relation avec celui-ci.

Tout d’abord, la vidéo permet un éclatement de l’espace qui, tout à coup, n’est pas uniquement celui de la scène où évoluent les comédiens, mais également celui des écrans, des supports sur lesquels est projetée la vidéo. En effet, l’espace physique de la scène peut être dépassé à travers l’utilisation de la vidéo car cet outil permet d’ouvrir l’espace, de proposer de nouvelles ouvertures a priori invisibles sur scène. De plus, les technologies peuvent renouveler la relation entre les comédiens et le public par le rapprochement du comédien par rapport au public. En effet, les personnages mis en scène peuvent se présenter de façon beaucoup plus intime et se dévoiler au public, par le recours à des gros plan en vidéo par exemple, ou de micros qui amplifient le moindre souffle des comédiens et donnent alors l’impression d’être physiquement proche des spectateurs. Une nouvelle intimité au théâtre est créée et l’espace séparant la scène de la salle est réduit.

Mais au-delà de considérations artistiques et sensorielles, le recours aux nouvelles technologies dans la conception des mises en scènes entraîne aussi des changements techniques. En effet, la manipulation du matériel technique permettant d’obtenir les effets artistiques voulus implique une bonne connaissance de ce matériel : le personnel technique au sein des compagnies ou des lieux de diffusion a donc besoin d’être formés en conséquence. Ces nouvelles tendances artistiques ont donc certainement un impact sur le contenu des formations professionnelles aux métiers techniques du théâtre.


Nous avons évoqué précédemment le changement du rapport comédiens/public tendant vers d’avantage d’intimité. Nous pouvons rapprocher cette idée de celle de la création, ou de l’apparition d’un nouveau public, en parallèle à l’émergence de la tendance à l’utilisation des nouvelles technologies. Celles-ci touchent aujourd’hui un nombre grandissant d’individus, comme nous l’avons indiqué en introduction, c’est pourquoi il est envisageable que ces nouvelles formes théâtrales puissent séduire un public déjà sensible aux images mais peu au théâtre. En effet, « On est dans une stratégie d'adaptation au public. Il s'agit non pas d'un théâtre d'avant-garde, mais d'un théâtre populaire fondé sur des procédures de communication renouvelées avec le public. »[8] Par ailleurs, les effets visuels et sonores découlant de l’utilisation des nouvelles technologies dans le théâtre tendent parfois à rapprocher l’esthétique du théâtre à celle du cinéma. Nous pouvons évoquer par exemple, le spectacle Norman Bates est-il ? de Jean-François Auguste et Marc Lainé (création 2009), qui s’interroge dans le fond et la forme, sur le personnage principal de Psychose, le film d’Alfred Hitchkock.

Comme toute nouvelle tendance, celle des nouvelles technologies dans le théâtre ne met pas tout le monde d’accord et est loin d’être généralisée. Cependant il est indéniable qu’elle permet de remettre en question le processus de création et de mise en scène, de réinterroger l’essence même du théâtre dans son rapport avec le public et de créer de nouveaux enjeux tant techniques qu’artistiques.


[1] Source : Cyril Teste pour le magazine « La Terrasse » / Propos recueillis par Catherine Robert

[2] Collectif MxM

[3] Directeur adjoint du CIRCA (Centre de recherche sur l’intermédialité), il a publié des ouvrages sur la question du théâtre et des nouveaux médias dans des revues françaises et étrangères

[4] Source : www.ciren.org / « Interdisciplinarité des arts numériques — Théâtre et spectacle vivant, Recherche musicale, Littérature et génération de textes, Arts visuels »

[5] Source : site internet du Collectif MxM / Présentation des laboratoire / www.collectifmxm.com/

[6] Source : Franck Bauchard / www.ciren.org / « Interdisciplinarité des arts numériques — Théâtre et spectacle vivant, Recherche musicale, Littérature et génération de textes, Arts visuels »

[7] Cyril Teste – Collectif MxM

[8] Franck BAUCHARD – article sur www.ciren.org

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